7 mars par Sushovan Dhar
Photo : Jaskaran (JK Photography), CC, Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Indian_Farmers%27_Protest_by_JK_Photography_15.jpg
Chaque vendredi pendant plusieurs mois, nous publierons un article qui se trouve dans le nouvel AVP « Dette et souveraineté alimentaire ». Au programme ce vendredi, un article de Sushovan Dhar, membre du CADTM Asie du Sud et basé à Calcutta en Inde.
Pour commander l’AVP, c’est ici.
En avril 2024, l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. des prix de gros en Inde a atteint son plus haut niveau en 13 mois. Cette hausse a été principalement alimentée par l’augmentation des prix des produits alimentaires, en particulier des légumes, et par l’augmentation des coûts du carburant et de l’électricité. L’inflation basée sur l’indice des prix alimentaires à la consommation a atteint un niveau record de 8,7 % en quatre mois. Les consommateur.ices rurales s’en sortent moins bien que leurs homologues urbains, l’inflation globale des denrées alimentaires étant plus rapides dans les zones rurales. Cette situation affecte lourdement tous ceux et celles qui luttent déjà contre les conséquences de la faible mousson de l’année dernière (2023) et des températures caniculaires de cet été (2024) sur l’économie rurale. L’augmentation des prix des denrées alimentaires est d’autant plus violente qu’il s’agit d’une dépense essentielle que chaque ménage doit s’efforcer de couvrir. Le problème de l’inflation des prix des denrées alimentaires n’est pas nouveau, mais son impact a été amplifié par des facteurs tels que la stagnation des salaires et le chômage endémique, mais pas que.
Avec près de 60 % de la population engagée dans l’agriculture, le secteur agricole est un point névralgique de l’économie indienne, contribuant approximativement à 18 % du PIB
PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
du pays
La crise agraire est le défi le plus pressant auquel l’Inde est confrontée. Cette crise comporte de nombreux aspects et facettes. Avec près de 60 % de la population engagée dans l’agriculture, le secteur agricole est un point névralgique de l’économie indienne, contribuant approximativement à 18 % du PIB du pays.
La crise agraire s’est intensifiée au début des années 1990 avec la phase de néolibéralisation qu’a connu le pays. L’usage d’engrais, déjà très important et synonyme d’augmentation des coûts de culture, fut exacerbé par les réformes néolibérales. Ces réformes entrainèrent également une diminution des subventions et des aides publiques et par conséquent une forte augmentation du prix des intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. (engrais, électricité, irrigation). Cette hausse a représenté un véritable le fardeau pour les agriculteur ices et les petit es exploitant es. Une étude récente de la Foundation for Agrarian Studies [1] a examiné en détail les coûts, les revenus, les rendements, l’utilisation d’intrants, les prix et la rentabilité de dix cultures sélectionnées dans différents États de l’Inde. Elle a mis en évidence l’augmentation de l’ensemble des coûts et la baisse de la rentabilité pour toutes les cultures.
Ces basculements économiques et la présence de ces entreprises entrainent une promotion permanente pour l’agriculture intensive, érodent, voire détruisent, les méthodes indigènes et traditionnelles de lutte contre les maladies et les semences de qualité et contraignent les agriculteur
ices à se tourner vers elles
De plus, depuis la vague de mondialisation
Mondialisation
(voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.
Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».
La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
et de libéralisation, le pays voit entrer de nombreuses multinationales dans différents secteurs de l’économie, et le secteur chimique (engrais et pesticides) n’a pas fait exception. Aujourd’hui, l’Inde est le troisième producteur d’engrais chimiques après la Chine et les États-Unis. Ces basculements économiques et la présence de ces entreprises entrainent une promotion permanente de l’agriculture intensive, érodent, voire détruisent les méthodes indigènes et traditionnelles de lutte contre les maladies et les semences de qualité et contraignent les agriculteur ices à se tourner vers elles.
Parmi les conséquences de l’utilisation démesurée d’intrants (pratiques d’application non scientifiques, manque de sensibilisation et de mesures de sécurité), tels que les engrais chimiques et les pesticides, apparaissent logiquement la dégradation des ressources naturelles, la réduction de la productivité, l’érosion des sols, de la santé humaine et de l’environnement. Ces conséquences furent notamment mises en évidence dans enquêtes menées sur l’ensemble du territoire indien pendant cinq décennies [2] et montrant que l’utilisation continue d’engrais azotés seuls avait un effet délétère sur la santé des sols, sur la productivité des cultures et entrainait des carences en éléments nutritifs majeurs et oligo-éléments. En 2018, un rapport de commission parlementaire permanente sur l’agriculture [3], souligna que le taux de croissance décennal de l’agriculture a considérablement diminué, passant de 8,37 % en 1960-1970 à 2,61 % en 2000-2010.
Volume de production d’engrais azotés dans le monde en 2018, par pays
(en milliers de tonnes métriques)
(Source : Statista)
L’endettement des ménages ruraux était l’une des principales raisons du suicide des agriculteur
ices
La crise et la détresse agraire en Inde ont entraîné un endettement rural profond. De nombreux rapports soumis au gouvernement sur les suicides d’agriculteur
ices ont clairement indiqué que l’endettement des ménages ruraux était l’une des principales raisons du suicide des agriculteur ices.Les données de l’Office national des statistiques estiment que dans toute l’Inde, de janvier à décembre 2019, 50,2 % des ménages étaient endettés. C’est un chiffre impressionnant si l’on considère que le pays comptait 930 935 ménages agricoles en 2019.
Traduction de l’infographie :
50% of agricultural households in debt across India : 50% des ménages qui travaillent dans l’agriculture en Inde sont endettés
Average monthly income (Rs) per agricultural household : Revenu Agricole moyen (en Roupies) par ménage travaillant dans l’agriculture
% of agricultural households indebted : % des ménages travaillant dans l’agriculture qui sont endettés
En novembre 2023, dix agriculteurs endettés de l’État occidental du Maharashtra ont adressé au ministre en chef une demande désespérée. Ils étaient prêts à mettre leurs organes corporels aux enchères afin de rembourser leurs prêts. L’incident a fait sensation dans les médias, mais le battage médiatique autour de la nouvelle s’est calmé en quelques jours. La tragédie, c’est que tout ce qui décrit la détresse agraire est assez facilement balayé d’un revers de main. Ce n’est que lorsque les entreprises défaillantes sont incapables de rembourser les prêts en cours, même si elles sont en réalité en mesure de le faire, que non seulement les dirigeants politiques, mais aussi la Reserve Bank of India (RBI), jettent un anneau de protection en les autorisant à ne pas rembourser.
Selon les chiffres officiels, plus de quatre cent mille agriculteur
ices se sont suicidé es depuis 1995
N’oublions pas que, selon les chiffres officiels, plus de quatre cent mille agriculteur
ices se sont suicidé es depuis 1995. Les chiffres officieux représentent au moins le double de ce chiffre. Face à l’ampleur de cette tragédie, la tentative du gouvernement néolibéral a été de dépolitiser progressivement les suicides d’agriculteur ices.L’une des principales raisons de l’endettement rural est l’exclusion financière de la paysannerie indienne. Ainsi, en raison de la forte dépendance à l’égard des prêteurs privés, qui pratiquent des taux d’intérêt
Taux d'intérêt
Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
extrêmement élevés, d’une part, et d’une politique désastreuse des prix à la production, d’autre part, les agriculteur ices indien nes sont confronté es à des tensions économiques aiguës.
Les politiques agricoles néolibérales, qui ont expulsé des dizaines de millions de personnes de l’agriculture, ont conduit à une augmentation des bidonvilles urbains
Sous le prétexte de négocier un plan de sauvetage du FMI
FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.
À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).
Cliquez pour plus de détails.
et d’adhérer à l’OMC
OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.
L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».
Site : www.wto.org
au début des années 1990, les principaux responsables politiques de l’État indien ont adopté le programme d’ajustement structurel néolibéral et ont commencé à mettre en œuvre des réformes dans le domaine de l’agriculture. Parmi celles-ci, la réduction des subventions aux intrants, des investissements publics dans les infrastructures rurales, de l’octroi de crédits publics au secteur rural, etc. Ces réformes ont accru les coûts supportés par les agriculteur ices et généré ainsi une grave crise de l’endettement, qui allait être l’un des principaux déterminants de la tragique épidémie de suicides d’agriculteur ices et marquer, de la manière la plus évidente, la crise agraire néolibérale de l’Inde dans les années 1990 et 2000. De plus, à la même période, les « pays industrialisés » exercèrent une pression supplémentaire, par le biais des négociations de l’OMC et des mémorandums de la Banque mondiale
Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.
En 2022, 189 pays en sont membres.
Cliquez pour plus de détails.
, pour que l’Inde réduise considérablement, voire supprime, les prix minimaux de soutien (MSP) et les aides à la production de certaines cultures que l’État avait fournis afin de consolider les moyens de subsistance des agriculteur ices.
La financiarisation de l’agriculture et l’intérêt de la finance pour l’agriculture se sont combinés pour créer une dynamique en faveur d’un nouveau mode d’accumulation, celui de l’agrobusiness financier
Les liens entre la finance et l’agriculture se sont renforcés, notamment en 2008, alors que le capital financier lui-même cherchait à se protéger de la crise financière. Il a rapidement quitté les marchés financiers
Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
conventionnels et s’est tourné vers les marchés des matières premières agricoles et des terres, considérés comme des formes d’investissement plus sûres. Ce changement stratégique a créé une dynamique en faveur d’un nouveau mode d’accumulation, celui de l’agrobusiness financier.
En novembre 2021, l’inflation des prix de détail en Inde a atteint un niveau record de 4,91% sur trois mois, principalement en raison de l’augmentation de l’inflation alimentaire. On pense que les spéculateurs ont joué un rôle dans la hausse des prix, et qu’il fallait les décourager pour freiner l’inflation et soutenir la croissance, alors que l’économie subissait l’impact de la crise Covid-19.
La néolibéralisation de l’agriculture, responsable de l’expulsion de dizaines de millions d’agriculteur
ices, nourrit les bidonvilles urbains
C’est dans ce contexte que la persistance des manifestations menées par les agriculteurplus-value
Plus-value
La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc.
Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas « du travail », mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue.
Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la « valeur ajoutée ». Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière - le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si « la valeur ajoutée » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value.
La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14).
agricole. La force et la détermination dont font preuve les mouvements paysans montrent clairement qu’ils ne croient pas aux affirmations des grandes entreprises agroalimentaires selon lesquelles elles organiseront un système plus efficace et plus productif de la ferme à la table, qui bénéficiera à la fois aux agriculteur ices et aux consommateur ices. Au contraire, les agriculteur ices anticipent à juste titre un avenir dans lequel les grands négociants en céréales accaparent les marchés et fixent les bas prix auxquels ils seront contraints de vendre leurs céréales. Dans un contexte où les contradictions écologiques de la Révolution verte, telles que la baisse du niveau des nappes phréatiques, l’épuisement de la fertilité des sols et la résistance des « mauvaises herbes » et des parasites, augmentent constamment les coûts des intrants pour les agriculteur ices sous la forme d’utilisation d’engrais et de pesticides, une baisse du prix de la production ne peut qu’intensifier la crise de l’endettement pour les agriculteur ices. Cela pourrait en fait conduire à un exode massif des agriculteur ices. Aujourd’hui, près de trente ans après que l’Inde a commencé à libéraliser et à privatiser son secteur agricole, il est clair qu’il n’y a pas d’emplois post-agricoles vers lesquels les cultivateur euses déplacé es peuvent se tourner. En fait, l’Inde a connu une croissance économique soutenue sans création d’emploi, si ce n’est une augmentation minime dans les secteurs de l’industrie et des services. La néolibéralisation de l’agriculture, responsable de l’expulsion de dizaines de millions d’agriculteur ices, nourrit les bidonvilles urbains. C’est donc d’une véritable lutte pour la survie à laquelle sont confrontés les petit es agriculteur ices et les paysan nes de l’ensemble des pays du Sud. Ils sont donc en droit de s’opposer aux projets de loi sur l’agriculture et à la politique agricole du gouvernement avec la férocité dont ils ont fait preuve.
La lutte des agriculteur
ices indien nes est une source d’inspiration pour le mouvement mondial. Elle doit persister et persévérer pour répondre aux nombreux défis, tels que celui posé à l’agriculture par le changement climatique, et enfin atteindre la souveraineté alimentaire.[2] « Long Term Fertilizer Experiments (expériences à long terme en matière d’engrais) »
[3] « Impact des engrais chimiques et des pesticides sur l’agriculture et les secteurs connexes dans le pays » Impact of chemical fertilizers and pesticides on agriculture and allied sectors in the country
21 octobre 2024, par CADTM International , Sushovan Dhar , Omar Aziki , Broulaye Bagayoko , Maxime Perriot , Veronica Carrillo Ortega
1er octobre 2024, par Sushovan Dhar
13 août 2024, par Sushovan Dhar
5 août 2024, par Sushovan Dhar
8 juillet 2024, par CADTM Belgique , Sushovan Dhar
28 avril 2024, par Sushovan Dhar
12 avril 2024, par Sushovan Dhar
19 mars 2024, par Pierre Rousset , Sushovan Dhar
Réunion annuelle du CADTM Asie du Sud
L’Inde de Modi, plus inégalitaire que jamais21 février 2024, par Sushovan Dhar , Maxime Perriot , CADTM Asie du Sud
1er novembre 2023, par Pierre Rousset , Sushovan Dhar
CADTM
COMITE POUR L'ABOLITION DES DETTES ILLÉGITIMES
8 rue Jonfosse
4000 - Liège- Belgique
00324 60 97 96 80
[email protected]
Bulletin électronique
À propos du CADTM