5 février par Anne Theisen
BANG : bonne année 2025 ! Fête de Quito 31 décembre 2025. Fin décembre éclate à l’Assemblée nationale la controverse concernant les accords de coopération militaire entre l’Équateur et les USA. Photo AT.
Peut-on évaluer les échanges de dettes contre nature (swaps) des Galapagos et du Bio corridor Amazonien, en Équateur, sans tenir compte des enjeux géostratégiques croissants des États-Unis et d’autres puissances étrangères en Amérique latine, de leur politique internationale plus globale. Peut- on continuer à isoler l’évaluation de ce dispositif financier international d’une analyse d’un contexte régional voire mondial dans lequel les banques, les autorités publiques et les différents acteurs privés impliqués dans l’échange jouent un rôle non neutre, incompatible avec les intérêts des populations équatoriennes et de leur accès à leur nature protégée ? Peut-on ignorer dans notre compréhension du phénomène des swaps, la prise en compte des ingérences croissantes (militaires, sécuritaires, économiques, financières et en matière de contrôle des ressources naturelles stratégiques) des États-Unis et d’autres puissances étrangères sur le territoire équatorien et croire qu’elles n’ont pas d’impact sur les résultats déclarés de conservation marine et de la biodiversité aux Galapagos ou en Amazonie ?
Quatre articles nous permettent de réfléchir à l’impact, et la gravité, de cette dimension géostratégique qui pèse actuellement sur les Îles Galapagos et plus largement sur l’Équateur.
– « Galapagos : de patrimoine de l’humanité à porte avion des USA », publié par Eduardo Tomayo, Helga Serrano Narvaez le 17 janvier 2020, sur le site de ALAI( America Latina en Movimiento), https://www.alainet.org/es/articulo/200761
– « Ce qui se cache derrière la nouvelle base militaire américaine aux Galapagos » par Nicolas Hernandez et « L’Équateur cède les Iles Galapagos pour construire une base américaine » paru le 16 décembre 2024 sur le site de Telesurtv.net
https://www.telesurtv.net/lo-que-hay-detras-de-la-nueva-base-militar-estadounidense-en-galapagos/
https://www.telesurtv.net/ecuador-entrega-islas-galapagos-para-construir-base-militar-estadounidense/
– “ La Stratégie du Théâtre, pour induire le Plan Équateur » de l’écrivain artiste Hugo Idrovo, publié sur son site le 1er mars 2023
https://www.hugoidrovo.com/2023/03/01/la-estrategia-del-teatro/
Les USA veulent conserver leur emprise sur l’Amérique latine, conforter leur hégémonie face aux influences russes, chinoises et des régimes non alignés comme le Venezuela de Maduro. La volonté de reprendre le contrôle direct du Canal de Panama affichée par le président Trump [1] n’est peut-être pas étrangère à cette présence accrue. Les USA veulent asseoir leur empire commercial, financier et militaire. Les auteur es de ces articles insistent aussi sur comment les discours officiels en Équateur brouillent les pistes, estompent ce contexte géostratégique primordial, conditionné par des relations internationales déséquilibrées, en justifiant la soumission de la politique nationale aux dictats financiers américains et l’occupation militaire plus ou moins secrète des USA sur le territoire équatorien. En effet, cette situation de crise controversée essaie de se légitimer par des discours trompeurs qui utilisent les urgences climatiques, la nécessité de préservation de la biodiversité mais aussi des impératifs sécuritaires tels que la lutte contre le crime organisé, le narcotrafic, la violence généralisée tout en entretenant cette insécurité. Il faut créer un « État de guerre permanent », inonder l’Amérique latine d’armes importées… Le contrôle répressif des migrations, des activités économiques jugées illégales tout comme celles des activistes environnementaux, des droits humains et des opposants politiques criminalisés, se fait de plus en plus brutalement et fréquemment.
Nous complèterons la synthèse de ces articles par l’intervention de Andres Arauz [2], expert géopolitique équatorien, candidat à la présidentielle, sur la chaîne internet Ino.Ec, le 29 décembre 2024, qui explique « Comment le président actuel Daniel NOBOA [3] a livré l’Équateur aux USA » à travers la signature du SOFA, du Statuts Of Forces Agreement, qui permet l’installation militaire effective des USA non seulement aux Galapagos (rendue plus officielle ou médiatiquement controversée depuis décembre 2024) mais aussi sur la côte, dans les ports de Manta et de Guayaquil. Cet accord de coopération permet l’occupation et un contrôle sécuritaire renforcé des forces armées étasuniennes et civiles du Pentagone sur tout le territoire équatorien, en toute impunité, et en contradiction flagrante avec l’article 5 de la Constitution équatorienne (interdisant depuis 2008 toute installation militaire étrangère dans le pays).
Sur le processus d’adoption de la constitution équatorienne en 2008 : Eric Toussaint interviewé par Pierre Carles : « Leçons de l’assemblée constituante en Équateur en 2007-2008 », CADTM publié le 27 décembre 2016 |
Dans « Galapagos : de patrimoine de l’humanité à porte -avion des USA ? », publié le 17 janvier 2020, sur internet, Eduardo Tomayo G et Hela Serrano Narvaez se basent sur des archives historiques, de 1988 à 2022, et sur des informations documentées sur les processus sociopolitiques et économiques de l’Amérique latine en mouvement. Ils montrent que les USA ont toujours voulu s’approprier les Îles Galapagos pour des raisons géostratégiques et militaires régionales et que les gouvernements équatoriens, néolibéraux, ont utilisé de nombreux prétextes pour autoriser leur occupation militaire dans leur pays, y compris dans des réserves naturelles protégées.
C’était une conséquence de la vision des USA découlant de « la Politique du Bon Voisin » ou de sa « Doctrine Monroe » [4]. Selon La doctrine Monroe, l’Amérique ( du Nord et du Sud) est aux américains ( du Nord) » . Cette doctrine condamne toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » ( du Nord et du Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes. Elle porte le nom du cinquième président des États-Unis, James Monroe (1817–1825). Du XIXe jusqu’au début du XXe siècle, elle inspire la politique étrangère des États-Unis. La doctrine Monroe est aussi utilisée par les dirigeants des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace (surtout l’URSS pendant les différents présidents américains de la guerre froide mais aussi, en particulier sous Donald Trump, la Chine). https://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Monroe
À partir de la deuxième guerre mondiale, l’île avait même été occupée militairement et gratuitement par l’armée américaine pendant sept ans.
Pour en savoir plus sur la doctrine Monroe et la politique étrangère des Etats-Unis au 19e siècle et début 20e : Éric Toussaint, « Histoire : La politique des États-Unis par rapport à ses voisins des Amériques du 19e s. au début du 20e siècle », publié le 5 septembre 2016 |
Toutefois, la nouvelle réforme constitutionnelle du Président Correa avait abouti en 2008 à la rédaction de l’article 5 , toujours d’application aujourd’hui, qui affirme que « l’ Équateur est un territoire de paix qui interdit toute présence militaire étrangère (base ou installation à des fins militaires étrangères) sur le territoire équatorien et prohibe toute cessation de bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères ».
Cependant son successeur, Lénin Moreno (président de 2017 à 2021), conseillé en ce sens par son ministre de la défense pro-américain, Oswaldo Jarrin, conclut secrètement des accords de coopération avec les USA permettant à l’armée américaine d’utiliser l’aéroport de l’île San Cristobal des Galapagos. Quand il déclara que « les Îles Galapagos sont un porte avion naturel pour l’armée américaine » , l’opinion équatorienne fut choquée mais il réussit à justifier l’agrandissement de l’aéroport de l´île, pour autoriser « la permanence, le réapprovisionnement et la facilité d’interception de l’armée américaine à partir des Galapagos » en prétendant que c’était « pour lutter plus efficacement contre le narcotrafic et la pêche illégale, que l’Équateur ne pourrait pas s’en sortir toute seule sans ses alliés américains et que chaque opération serait escortée par des officiers équatoriens ». Oswaldo Jarrin et Norman Wray, le président du Conseil du gouvernement du Régime spécial des Galapagos prétendaient qu’il n’y avait pas, à proprement parler, de bases militaires américaines aux Galapagos et qu’ils respectaient la constitution. En réalité, Lenin Moreno estima que le concours des américains était requis, qu’il fallait même une coopération avec eux, coopération élargie avec Le Pérou, le Chili, la Colombie pour adopter une posture régionale, permettant une meilleure surveillance aérienne et maritime américaine dans la région, dans un contexte géopolitique plus large. De cette manière, l’Équateur se soumettait aux stratégies militaires des USA qui visent le contrôle de l’Amérique du Sud et de sa zone du Pacifique pour assurer leurs intérêts et objectifs impérieux qui sont :
– d’intervenir au Venezuela
– de contrôler le canal de Panama
– de combattre le narcotrafic
– d’empêcher le flux migratoire vers les USA en provenance de l’Amérique centrale
– de contenir les influences rivales, de la Russie et de la Chine.
La présence militaire américaine était tolérée aux Galapagos, mais aussi dans les villes côtières et ports de Guyaquil et Manta, ce qui formait « un triangle de sécurité » selon le journal El Comercio du 19 juin 2020.
Le ministre de la défense Oswaldo Jarrin joue un rôle important, au cours de sa longue carrière politique au service des intérêts américains, dans la subordination du gouvernement équatorien à la géostratégie politique et militaire américaine. Le 15 janvier 2003, il avait été nommé, par Lucio Gutierrez (président équatorien de 2003 à 2005), chef du Commando Conjoint des Forces Armées jusqu’au 18 juin 2003 où il avait dû quitter son poste après des rumeurs de tentatives de déstabilisation du gouvernement National. Le journaliste Kintto Lucas, dans « Ecuador, Cara y Cruz, tome 2 » montre la relation étroite qui unit Oswaldo Jarrin à James Hill, le chef du Commandement Sud des USA. Une fois Gutierrez renversé suite à une rébellion populaire en 2005, le président Alfredo Palacio le désigne ministre de la défense du 19 août 2005 au 29 août 2006. Lors des soulèvements des mouvements sociaux, il préconise « la formation d’une force de paix avec l’intervention d’un pouvoir militaire extérieur pour ramener la paix, l’ordre et reconstruire la nation ». Il déclare « Nous aurons probablement un autre Haïti en Équateur ». Il est donc en faveur des accords de coopération militaire entre l’Equateur et les USA en prétextant la lutte contre le narcotrafic et permet l’installation officielle d’une Officine de Coopération et de Sécurité (OCS) sur le territoire équatorien. Les OCS font partie de l’Agence d’Assistance de Sécurité de la Défense américaine. Toutes les activités internationales de coopération en matière d’armement et d’activité de surveillance sécuritaire américaine sont dès lors rendues possibles via la présence de l’OCS.
On retourne dix ans en arrière, lorsque le FOL ( Forward Operating Location- Poste d’Opération Avancée) de Manta était encore actif
Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
en Équateur jusqu’à ce que sous la pression des mobilisations et des organisations sociales, le président Rafaël Correa refuse de renouveler en 2009 la convention signée entre l’ Équateur et les USA depuis 1999 qui autorisait sa présence en Equateur, fortement contestée. En effet, la FOL dépassait de loin les prérogatives que le gouvernement équatorien lui avait accordées et fit l’objet de nombreuses dénonciations par rapport à l’arbitraire des actions
Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
militaires américaines à Malta : bateaux équatoriens coulés, contrôles migratoires violents, perturbations de l’activité des pêcheurs équatoriens, contrat avec la compagnie Dyn Corp qui embauchait illégalement des mercenaires d’autres pays. De plus Javier Delucia, commandant du FOL de Manta, admit qu’il jouait un rôle stratégique important par rapport au Plan Colombie, dans la surveillance du conflit colombien. Il contribua également au bombardement d’Angostura, dans la province équatorienne de Sucumbios, exécuté par des militaires colombiens avec les USA en 2008 où moururent le dirigeant des FARC, Raul Reyes, ainsi que 25 guérilleros et civiles, réfugiés dans ce campement, en Équateur.
Ces accords de coopération plus ou moins secrets entre le ministre des Affaires extérieures, celui de la Défense équatorienne et les USA finirent par être contestés et la pression populaire exigea une clarification devant le Congrès National.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation similaire où les citoyen
nes équatorien nes se posent de plus en plus de question sur l’ingérence militaire et sécuritaire américaine qui ne cesse de croître sur leur territoire. Une base militaire est-elle en train de se réinstaller au Galapagos ? Et à Manta, à Guayaquil et ailleurs ? Il apparaît de plus en plus que premièrement, la protection et conservation de l’environnement, deuxièmement la lutte contre le narcotrafic, troisièmement le besoin de forces étrangères pour assurer la sécurité nationale sont des prétextes utilisés par le gouvernement ultra-libéral et pro-américain du président équatorien Noboa pour justifier l’opérationnalisation des stratégies militaires et économiques des USA en Équateur.« Saint Pierre, un peu plus de pluie s’il te plait ! »La divine comédie / Fête de Quito du 31 décembre 2024.
Les médias prétendent que c’est le manque de pluie qui entraîne les coupures d’électricité de plus de 14h par jour dans le pays, en novembre et décembre 2024. Photo A.T
L’Archipel des Galapagos est reconnu Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco depuis 1978 pour quatre raisons : 1. Il recèle des phénomènes naturels et des aires de beautés extraordinaires 2. Il présente des caractéristiques et processus géomorphiques intéressants 3. Il illustre l’évolution des processus biologiques, des écosystèmes et des espèces (parfois uniques et menacées d’extinction) et de leur diversification. 4. Il est au fondement de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin.
Marcela Aquinaa, ex ministre de l’environnement, membre de l’Assemblée de la Révolution citoyenne, dans une émission de Telesur, « Clave Politica », le 20 juin 2019, alerte pourtant sur les risques environnementaux graves que représente cette militarisation américaine de l’archipel des Galapagos. L’agrandissement de l’aéroport autorisé par Moreno et les nombreuses opérations miliaires nocturnes ont occasionné du bruit, de la pollution, des déchets et des perturbations importantes pour la flore et la faune protégées surtout que l’aéroport se situe tout près de la « Loboria », le lieu où vivent et se reproduisent les loups de mer protégés. La production et le transport du combustible nécessaire pour ravitailler l’aviation et la marine militaire à 1000 kilomètres des côtes et en grosse quantité posent problème en termes d’environnement et contredit la résolution « Zéro Combustible » qui avait été approuvée après la catastrophe écologique du Naufrage du Jessica, juste en face du port Baquerizo Moreno en 2001. Plus de 240 000 galons de combustibles s’étaient échappés dans la mer !
Cette militarisation des Galapagos représente donc un risque réel à la fois pour la réserve marine protégée d’importance mondiale et pour le droit des populations locales à vivre dans un environnement sain et paisible. D’où l’exigence actuelle de comparution du ministre de la Défense et de l’Environnement devant l’Assemblée Nationale pour informer sur ces accords secrets et sur leurs impacts réels environnementaux et humains.
D’où aussi pour nous une réflexion sur la sincérité réelle des gouvernements équatoriens libéraux et des acteurs internationaux dont américains impliqués dans l’échange de dette
Dette
Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement. Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur. Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics. contre nature aux Galapagos. N’est-ce pas aussi une manière pour des gouvernements de céder une certaine main mise sur des territoires stratégiques et des ressources naturelles nationales fort convoitées à des organismes et des puissances qui soutiendront la logique capitaliste impérialiste qui les renforce, même si cela va souvent à l’encontre des intérêts de leur pays, de l’intégrité de leur territoire, de catégories de la population qui ne se laissent pas faire, qu’ils marginalisent et criminalisent ? En effet, ces dernières années, des mouvements sociaux et environnementaux, certains menés par des communautés autochtones isolées, parviennent à des victoires étonnantes pour protéger la nature et leurs droits bafoués, en Équateur… aussi bien en Amazonie, où le procès contre Texaco Exxon, le référendum remporté par les Yasunidos, [5] ont conduit à l’expulsion de certaines compagnies pétrolières des réserves naturelles, que dans la Sierra andine où un autre référendum a poussé à la fermeture de mines destructrices… À Quito aussi, le fleuve Machangara qui traverse Quito a été reconnu comme personnalité juridique et a gagné, grâce à la mobilisation de communautés originaires du fleuve, un procès contre l’État, accusé de ne pas l’avoir assez protégé de la pollution, des déchets et d’avoir intoxiqué ses riverains [6]. Les avancées exceptionnelles de la constitution équatorienne en 2009, sous la présidence de Rafael Correa, en matière de protection de la Pachamama et du Buen vivir y contribuent … La société civile, des associations locales et certains peuples autochtones plus revendicatifs se renforcent, s’organisent dans leur lutte pour leurs droits environnementaux et humains et protestent de plus en plus contre les multinationales extractivistes et de production de combustibles fossiles, contre la corruption des banquiers, des autorités sur lesquels les gouvernements de Moreno, Lasso et Noboa assoient leur fortune et leur pouvoir. La CONAIE dans ses grèves générales qui bloquent tout le pays mêle revendications politiques, économiques sociales et environnementales et menace les intérêts capitalistes, les décrédibilise aux yeux du monde dans des actions de terrains, sur les réseaux sociaux et des événements internationaux, encore plus lorsque leurs militant es se font assassiner. La Finance verte, le greenwashing et les échanges de dette contre nature ne sont-ils pas des procédés utilisés par de puissants acteurs nationaux et internationaux , destinés à faire croire que la logique compétitive, impérialiste, spéculative, mercantiliste, capitaliste peut paraître quand même compatible avec les priorités des populations électrices et consommatrices, de plus en plus angoissées par le réchauffement climatique et l’urgence de la préservation de la biodiversité, tout en gardant leur pouvoir et paradoxalement continuant en parallèle leurs logiques dévastatrices ? Ces mécanismes complexes ne sont-ils pas que de la poudre aux yeux, pour légitimer et atténuer la crise d’un système basé sur des rapports de force internationaux injustes, sans le changer, bien au contraire... Par ces montages d’investissements et la gestion par de grosses ONG proches des grands capitaux et entreprises privées, des gouvernements ultralibéraux s’assurent, d’une certaine manière, que le contrôle de cette dimension environnementale aille dans leur sens, et pas contre eux, même s’il faut pour cela confier voire céder des territoires immenses, naturellement et culturellement si riches et convoités (qui résistent parfois), à des acteurs étrangers qui leur échappent, mais dont ils essaient de rester les alliés, pour continuer à en profiter. |
Brûlons Noboa (tradition de finir la vieille année en brûlant une poupée représentant une célébrité critiquée ; référence aux bougies à allumer pendant les nombreuses pannes d’électricité en 2024 ; le plan Fénix est celui très répressif lancé par le président Noboa contre la criminalité et le narcotrafic en Équateur).Fêtes de Quito du 31 décembre 2024. Photo A.T.
Selon Carlo Montayo, général à la retraite, « une coopération est nécessaire avec les USA qui disposent de capacités opérationnelles pour affronter le crime organisé et le narcotrafic et donc l’agrandissement de l’aéroport de l’Île San Cristobal répond à des besoins nationaux et pas américains ». L’occupation militaire des Galapagos permettrait de mieux combattre les trafics mafieux qui utilisent les routes de l’Océan Pacifique pour transporter de la drogue dans des bateaux rapides et sophistiqués ou dans de petits avions.
Certes des milliers de consommateurs de drogues en meurent chaque année. Le problème est majeur. Mais les USA ont une vision répressive et restrictive, focalisée avant tout sur la suppression de l’offre dans les pays du Sud et sur la lutte de ce fléau à l’extérieur de leurs frontières, ce qui se révèle inefficace jusqu’à présent. Ils ne semblent pas tenir compte de l’importance d’une politique de santé publique et d’éducation interne à leur pays, auprès des publics potentiellement consommateurs ou des usager
es déjà dépendant es. Ces derniers étaient déjà 27 millions en 2016 aux USA et ces chiffres ne cessent d’augmenter. Les consommateurs ont parfois un haut pouvoir d’achat, prêts à payer des sommes colossales pour s’approvisionner en stupéfiants ! À quoi sert donc de réprimer uniquement les petits producteurs et vendeurs, l’offre, si d’un autre côté la demande ne fait qu’augmenter et se renforcer ? Selon les auteurs de l’article, il faut des mesures à la fois dans les pays producteurs et dans ceux consommateurs de drogue. Il faut une politique intégrée de lutte contre la drogue qui soit à la fois nationale et internationale, à la fois préventive, curative et répressive. Il ne sert à rien de réprimer violemment les petites mains, souvent victimes, si on n’atteint pas les gros bonnets. Soutenir les petit es producteur ices qui veulent se réorienter vers des cultures alternatives plus saines pour sortir des circuits de la drogue tout en pouvant survivre est plus efficace que de les criminaliser et punir sans leur proposer de solutions pour sortir de la misère et du chômage. L’assemblée générale des Nations unies de 2016 émet des recommandations intéressantes sur ce sujet.Le discours de lutte contre le narcotrafic a souvent été pour les autorités américaines un prétexte pour renforcer leur position de contrôle, de domination géostratégique dans le continent sudaméricain.
Depuis la chute du Mur de Berlin et de l’Union Soviétique, le péril communiste en Amérique latine a été remplacé par la lutte contre la drogue et, après les attentats du 11 Septembre 2001 aux USA, par le combat international contre le terrorisme. Le focus sur ces problèmes de sécurité nationale et mondiale rend plus légitime aux yeux des populations l’omniprésence policière et militaire, nationale et internationale. Ce discours a eu des conséquences désastreuses au Mexique et en Colombie, où il a justifié des assassinats, des déplacés forcés, des disparus et des torturés…une escalade de la violence sans précédent.
L’utilité des bases militaires américaines en Amérique latine et ailleurs pour rétablir l’ordre et lutter contre l’insécurité et la violence est fortement remise en cause. Cette politique n’a pas prouvé son efficacité. Les cas de la Colombie et de l’Afghanistan illustrent clairement l’échec de cette vision.
En Colombie, 7 bases militaires américaines et des millions de dollars investis dans le Plan Colombie en 2000 n’ont réussi ni à diminuer la production de drogue ou le trafic interdit ni à rétablir l’ordre et la paix dans le pays. Bien au contraire, le rapport mondial de l’ONU concernant le trafic de drogue montre que de 2016 à 2017, la production de cocaïne en Colombie a augmenté de 25%. C’est le pays qui représente plus de 70% de la production mondiale de cocaïne !
De même en Afghanistan, depuis l’attentat du 11 septembre et l’occupation du pays par l’armée américaine et les forces de l’OTAN
OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
, la production et le trafic de l’héroïne n’avait cessé d’augmenter.
Ana Esther Cecena, chercheuse mexicaine pense qu’en réalité, les USA poursuivent deux objectifs à travers leurs occupations militaires : « d’une part, garantir le maintien du capitalisme et la prééminence des USA, d’autre part, avoir la main mise sur les ressources et richesses du monde comme base matérielle du fonctionnement du système promu et pour garder le pouvoir ».
En Amérique latine, nous assistons à une disparition progressive des gouvernements progressistes, en dehors de quelques exceptions, à la fin des organismes régionaux comme UNASUR. Donald Trump, à nouveau président des USA, a noué, lors de son premier mandat, des accords militaires avec des gouvernements fort à droite comme avec Bolsonaro au Brésil, puis, par la suite , avec Milei en Argentine, maintenant avec Noboa en Équateur et idem avec le Guatemala. La présence militaire n’a cessé de s’intensifier comme au Honduras (avant que l’actuelle présidente Castro ne vienne au pouvoir), au Panama, à Cuba (à Guantanamo), à Curaçao, au Pérou, au Paraguay et toujours en Colombie. Les véritables menaces qu’ils semblent vouloir neutraliser par leurs ingérences militaires et leurs puissances commerciales financières sont (en plus des grands désastres naturels et humains), les régimes non alignés (de Cuba, du Venezuela et, depuis 2022, de la Colombie), le narcotrafic et la Chine, la Russie et l’Iran qui rivalisent avec le USA et étendent progressivement leurs influences dans le monde.
C’est aussi ce que reconnaît Raul Capote Fernandez, journaliste cubain : « les USA cherchent avant tout à assurer leurs intérêts hégémoniques en étendant leur présence militaire dans la région. Ils veulent aussi consolider un front anti Maduro au Venezuela et dominer les immenses ressources naturelles convoitées des territoires sudaméricains ».
Petite chronologie des ambitions étrangères aux Galapagos 1932, intégration des Galapagos à l’Équateur malgré diverses tentatives des USA, de la France, du Royaume Uni de s’emparer de l’île sous différents prétextes. Juan Jose Flores voulut vendre les Galapagos au Royaume Uni pour rembourser la dette contractée pendant la lutte pour l’indépendance. 1861, Gabriel Garcia Moreno proposa une mise sous protectorat français des Galapagos et de l’Amazonie. 1883, le sénat américain déclara les Galapagos « terres de personne » et une mission de George Earl Church voulut démontrer que les Galapagos n’appartenait pas à l’Équateur. Cependant le ministre des Affaires étrangère Equatorien protesta vivement. 1910, Eloy Alfaro soumit à un débat national la proposition des USA d’offrir 15 millions de dollars en échange d’une autorisation de séjourner 99 ans sur l’île mais la proposition fut rejetée. L’intérêt pour l’archipel grandit depuis la construction du Canal de Panama unissant l’océan Pacifique à l’Atlantique. 1914 -1918, le contingent militaire américain s’installa dans les Caraïbes pour contrôler le Canal de Panama et développer une défense dans l’Océan Pacifique, surtout quand des navires allemands et japonais furent surpris en train de roder près des Galapagos. Les américains promirent de solutionner l’instabilité du Trésor national équatorien contre la vente ou la location des îles Galapagos. Octavia Latorre, chercheur des Galapagos écrit que « les USA , dès 1920, cherchent à tout prix à occuper l’île et s’y installent sur base du fait accompli, suivant leur politique du Bon Voisin ou plutôt la loi du plus fort ou encore les principe de la doctrine Monroe selon lequel « l’ Amérique c’est pour les ( nord) américains » dans sa lutte à la fois pour et contre les anciennes puissances coloniales européennes. 1935, chute du dictateur équatorien Federico Paez. Roosevelt voulut convertir les Galapagos en parc national protégé dont la propriété reviendrait aux membres de l’Union Panaméricaine (dont font partie les USA ) pour éviter qu’un quelconque pays ennemis l’utilisât militairement. 1940-1945, 2e guerre mondiale, occupation militaire des étausniens aux Galapagos avec une base sur l’île de Baltra appelée aussi Seymour Sud. Présence américaine également sur les îles Isabela et Espanola ainsi que sur la côte équatorienne, à Salinas. Cinq jours après l’attaque japonaise de la base hawaïenne des USA à Pearl Harbour et après la déclaration de guerre américaine contre le Japon, 36 marines américains débarquèrent aux Galapagos pour construire un dépôt de combustible sans accord formel de l’Équateur. Le 5 juillet 1941, l’Équateur ne réagit pas à l’occupation de fait militaire des étasuniens aux Galapagos car le pays était trop occupé à se défendre contre l’invasion du Pérou qui prit fin avec le protocole de Rio de Janeiro en janvier 1942, traité imposé par la force à l’Équateur, (qui perdit 200 000km2 de territoire, avec l’aval des USA et la complicité d’Arroyo el Rio qui sera renversé par une insurrection populaire le 28 mai 1944). Le 13 septembre 1941, le gouvernement équatorien signa un accord secret avec l’ambassadeur américain permettant à l’aviation et la marine américaines de circuler entre leurs bases d’Amérique centrale et les Galapagos puis, en janvier 1942, un accord de coopération militaire fut signé concernant la ville côtière de Salinas et ses eaux territoriales. Le 2 février 1942, l’occupation de l’île de Baltra fut autorisée pendant la durée du conflit, sans statut précis. Arroyo de Rio céda les Galapagos aux USA afin de coopérer efficacement à la défense régionale. Il le fit par idéal, gratuitement, et temporairement, tant que durerait la guerre. Les bases devant être restituées à la fin du conflit, telles qu’ils les avaient reçues, sans affecter la souveraineté de l’Équateur. Pourtant, les militaires étasuniens restèrent aux Galapagos jusqu’en décembre 1948, malgré un acte de restitution officiel signé en 1946. Les étasuniens n’ont rien payé et n’y ont rien laissé à part de nombreux dégâts environnementaux dont l’impact n’a pas été mesuré. Plus de 10 000 effectifs ont transité par les Galapagos, ce qui a dû perturber la faune et la flore, en bruits, déchets et destructions pour construire et utiliser la base. En outre, ils ont détruit ou largué depuis les falaises toutes les infrastructures, équipements, machines, le matériel en bon état, hospitalier, d’aviation ou automobile… pareil à Salinas où pourtant ils délogèrent de nombreux habitant es pour s’installer en échanges d’indemnités dérisoires. |
Conclusion
L’État semble minimiser les impacts, sur la tranquillité des citoyen
nes, sur l’environnement et sur la souveraineté nationale d’une présence militaire étasunienne aux Galapagos. Il semble maintenir un certain secret et des contradictions à ce sujet dans ses discours officiels. Cela nous rappelle inévitablement les expériences passées, pendant la deuxième guerre mondiale et plus récemment, en 1999, les mauvais souvenirs laissés par la base militaire américaine à Manta. Quels sont les contenus et la portée des accords de coopération signés depuis la présidence de Moreno entre les USA et l’Équateur ? Combien de temps cette « occupation » militaire durera-t-elle ? Quel est le statut légal du personnel militaire et civil détachés en Equateur par les USA ? L’accord sur la base militaire de Manta publié le 25 novembre 1999 concédait l’immunité diplomatique au personnel étasunien et aux équatoriens qui en dépendaient. En cas de détention de ces personnes, il fallait immédiatement en référer aux autorités étasuniennes et les remettre au plus vite entre leurs mains. Sur cette base, certains assassinats et crimes commis par ces soldats restèrent impunis. Les agents étasuniens et leur personnel bénéficieront-ils de cette même impunité dans les nouveaux accords ?L’assemblée Nationale doit enquêter, statuer pour plus de transparence, à la demande de représentants préoccupés. Cependant, l’Alliance de droite qui est au pouvoir aujourd’hui à l’Assemblée nationale, présidée par le moréniste Cesar Litardo, n’aide pas à la clarification. Il faut portant que les accords signés entre Moreno et les USA soient enfin connus et peut-être déployer de nouvelles luttes sociales comme celles qui sont parvenues à expulser les militaires scandaleux de la base de Malta.
Cette fois-ci, il faut aussi défendre les Galapagos, en tant que Patrimoine de l’Humanité, reconnues par l’UNESCO, réaffirmer la souveraineté nationale et revendiquer que l’Amérique latine reste un territoire de paix, ce que la CELAC (Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes) affirme et dont l’Equateur est membre.
En attendant, à Quito : incendies criminels, insécurité et pannes d’électricité/offre de générateur/Noboa qu’as-tu fait ?Fête de Quito du 31décembre 2024. Photo A.T
Bonne année 2025 ! Fêtes de Quito, avant les élections présidentielles de février 2025
Le gouvernement Noboa vient d’accepter que les forces armées de l’Équateur cèdent l’usage des Galapagos au Commandement Sud des États-Unis afin d’y installer une base militaire étasunienne.
C’est ce qu’affirme l’article « Ce qui se cache derrière la nouvelle base militaire américaine aux Galapagos » écrit par Nicolas Hernandez, publié le 17 décembre 2024 sur le site internet de TeleSur complété sur le même site par « L’Équateur cède les Îles Galapagos pour construire une base militaire américaine ».
L’année 2025 démarre en trombe, avec une intensification des installations militaires étasuniennes dans les Galapagos, sur la côte équatorienne, malgré une vague de protestations pour ingérences étrangères, atteintes à la souveraineté nationale, à l’intégrité territoriale et non respect des clauses de protections environnementales internationales. En outre, selon la sociologue Natalia Sierra, cet état de fait viole ouvertement l’article 5 de la Constitution équatorienne, qui date de la présidence de Correa, en 2008. Il est aussi en contradiction avec le fait que Les Galapagos en tant que patrimoine mondial de l’Humanité reconnu par l’UNESCO doit être protégé d’un point de vue environnemental et humain. Ainsi, il ne respecte pas la résolution 258 de la constitution équatorienne qui interdit les activités menaçant l’environnement aux Galapagos. L’activiste environnementaliste Cristina Cely déclare que « les promesses de protéger l’écosystème fragile et précieux des Galapagos sont compromises voire impossibles à tenir comme l’ont déjà montré les importants dommages causés par des installations militaires précédentes et comme le prouve les altérations nocives déjà provoquées par les constructions additionnelles d’infrastructures militaires ( les agrandissements et aménagements des ports et aéroports locaux) » . Les transports incessants perturbent déjà la faune et la flore. L’approvisionnement dangereux en combustibles, interdit par la résolution « zéro combustibles », depuis la catastrophe pétrolière du Jessica, est bien loin de s’interrompre.
Noboa avait essayé de faire supprimer, en vain, cet article 5, par des réformes constitutionnelles que le parlement a refusées. L’article 5 devient gênant pour lui, par rapport aux nombreux traités de coopération militaire signés entre l’Équateur et les USA. Ces documents avaient été approuvés, plus ou moins secrètement, depuis le président Moreno jusqu’à ce que Noboa les ait confirmés par sa signature le 15 février 2024. Noboa a notamment avalisé le « Projet de sécurité intégral de la région insulaire » et le Conseil du Gouvernement de Régime spécial des Galapagos, sans consultation des communautés locales, l’a accepté ce 10 décembre 2024.
Malgré l’article 5, la militarisation américaine se poursuit donc, avec en plus l’aval de la Cour constitutionnelle équatorienne qui reconnaît la validité de l’accord du SOFA, signé en 2023 par Guillermo Lasso et confirmé cette année par Daniel Noboa. Le SOFA, le Status Of Forces Agreement [7]
Pour le sociologue mexicain et équatorien Miguel Ruiz Acosta ce traité signifie que l’Équateur renonce à exercer sa souveraineté pleine sur des dimensions sensibles comme la sécurité et l’intégrité nationale. Il fait le lien avec le grave incident diplomatique survenu en décembre 2024 où un opposant politique, Jorge Glas, avait demandé l’asile et s’était réfugié à l’ambassade du Mexique en Équateur et sous l’ordre du président Noboa y avait été arrêté brutalement. « Une telle action est difficilement réalisable sans l’appui des USA » et le vice chancelier Fernando Yepez qualifiera dans les réseaux sociaux cette décision de preuve de « servitude coloniale ».
La justification donnée pour tout ce déploiement militaire étranger est la lutte contre le narcotrafic, contre la pêche illégale et autres activités illicites dans la région. Mais la localisation et le contexte géostratégique mondial ne laisse aucun doute sur les raisons de l’imposition de cette perte de souveraineté au gouvernement équatorien vis-à-vis des USA. Tout comme la précédente occupation militaire de Manta avait permis aux soldats américains d’accomplir des missions terrestres et aériennes, coordonnées par le Plan Colombie. Pendant ces dix ans d’occupation à partir de 1999, le narcotrafic n’avait fait qu’augmenter et le taux d’homicides qui était de 13,55 pour 100 000 habitants en 1999 avait grimpé à 17,74 pour 100 000 habitants, avec 21 cas d’abordages de bateaux ou de sabotages d’embarcations qui transportaient parfois des migrants cherchant à atteindre l’Amérique centrale puis les USA.
Tous les assassinats dont on parle, ne sont pas possibles sans armes, précise Hugo Idrovo, un écrivain équatorien, dans son article « La Stratégie du Théâtre » or l’Équateur n’est pas un producteur d’armes. Elles doivent bien venir de quelque part. L’augmentation effrayante des homicides ces dernières années va de pair avec l’inondation soudaine du marché du pays en armes étrangères (dont beaucoup proviendraient des USA). Hugo Idrovo a noté une stratégie similaire dans d’autres pays. Il parle des écueils du Plan Colombie, de la guerre sale au Nicaragua contre les sandinistes où la Dark alliance avait été dénoncée par le journaliste Gary Web avant d’être assassiné. Il évoque aussi l’Opération Liberté Endurante en Afghanistan et toutes les dérives des occupations américaines qui aggravent chaque fois les situations de violences, d’instabilités, de conflits internes et finalement renforcent « les ennemis désignés » ( les communistes, les mafieux de la drogues et du crime organisé, les groupements islamiques fanatiques ou les terroristes) qu’ils sont venus prétendre combattre tout en chaque fois consolidant le contrôle américain sur des régions stratégiques et riches en ressources naturelles . Il s’agit 1. d’instaurer un climat de violence, de peur et de guerre permanente 2. d’approvisionner en armes, en stupéfiants 3. de déstabiliser les gouvernements nationaux 4. de les persuader qu’une occupation militaire étrangère est nécessaire pour rétablir l’ordre et la paix 5. de contrôler ainsi des territoires stratégiques et garder la mainmise sur leurs ressources naturelles-clés.
Hugo Idrovo parle aussi de l’obéissance des contingents militaires qui se développent en Équateur « au Commandement Sud et au Département de la Défense des USA » dont la mission est de contrôler l’Amérique latine et les Caraïbes politiquement et militairement, d’être prêts à manœuvrer pour soutenir des alliés ou combattre les régimes « antiaméricains ». Il travaille de pair avec les institutions fédérales américaines (les douanes, la sécurité, l’organisme officiel qui contrôle les drogues, les migrations, le FBI et la CIA) ».
Il y aurait 750 bases militaires américaines dans environ 80 pays sur 5 continents, 200 000 soldats dans 159 pays
Actuellement, il y aurait 750 bases militaires américaines dans environ 80 pays sur 5 continents, 200 000 soldats dans 159 pays selon David Vine, professeur à L’Université Américaine de Washington. Hugo Idrovo précise que les armées étasuniennes sont principalement implantées dans le Moyen Orient et la Golf Persique où se trouvent les sources principales de pétrole. « En Amérique latine, les USA ont installé 7 bases en Colombie, depuis le Plan Colombie de 1999, qui était lui aussi supposé aider l’État colombien à lutter contre le narcotrafic et le crime organisé ». Ces fléaux au contraire n’ont cessé de se renforcer depuis l’arrivée des soldats américains avec l’accentuation de l’insécurité, des inégalités, de la misère et de la corruption en toile de fond. En Équateur, ces mesures hyper sécuritaires et répressives pour endiguer les trafics de drogue et la criminalité portent le nom de Plan Fenix, appliqué par le président Noboa avec vigueur sans que la sécurité soit revenue, bien au contraire. Pour l’écrivain, il s’agit aussi pour les contingents étasuniens de surveiller de près la République bolivarienne du Venezuela, la plus grande réserve en hydrocarbure du monde et le Canal de Panama où transitent de nombreux navires commerciaux et militaires.
Selon INDEPAZ ( Institut pour le Développement et la Paix) les USA planifient de construire sur les îles du Pacifique (dont les Galapagos) jusqu’aux Caraïbes des stations navales militaires américaines avec des radars qui formeraient un « Corridor biologique » ( CMAR Pacifico)
Traduction : « Plans militaires des USA dans le « Corridor marin du Pacifique Tropical Oriental »/ Telesur.
Un accord signé par Noboa le 15 février 2024 avec Washington accorde des privilèges et exemptions au personnel militaire et civile du Département de la Défense américains et à leurs subordonnés, dont une immunité juridique semblable à celle des diplomates en mission selon la convention de Vienne, ce qui expose le pays à une perte de souveraineté et à de nouvelles dérives et exactions possibles, à de nouveaux conflits légaux.
L’ex vice-chancelier Fernand Yepez déclare que l’Assemblée Nationale doit exiger des enquêtes et des comptes sur ces accords de coopération sur la sécurité qui « reflètent la soumission honteuse de la politique extérieure équatorienne aux intérêts américains… », « une mainmise impérialiste américaine sur un territoire important du point de vue des ressources naturelles ».
Mais pour André Arauz, ex candidat corréiste aux élections présidentielles, il n’est hélas plus utile de débattre à l’Assemblée Nationale de l’inconstitutionnalité de ces accords, puisque la cour constitutionnelle a reconnu la validité du SOFA. Dans une interview sur le média INGO.EC, le 29 décembre 2024, intitulé « Noboa a livré le pays aux USA », il rappelle la gravité de cette approbation du Status Of Forces Agreement par le président Daniel Noboa. « Il permet aux soldats américains de pouvoir entrer en Equateur sans passeport, et leur accorde une totale liberté de mouvement sur tout le territoire. Ils peuvent importer des armes sans le rapporter aux douanes, sans licence. Ils peuvent gratuitement recevoir ou interférer sur toute communication radio électrique du pays. Des navires, troupes, avions, sous-marins américains peuvent pénétrer et s’établir dans tout le pays… les soldats américains et civils du Pentagone jouissent d’une immunité spéciale… » Cet accord SOFA unilatéral viole beaucoup de principes mais depuis 2018, ce qu’il autorise est déjà mis en œuvre dans les faits, à San Cristobal des Galapagos, dans les villes côtières de Manta, Guayaquil, sur l’île de Balta où l’on observe des activités militaires étrangères. Les « Américains » prennent déjà des photographies satellites que le gouvernement équatorien ne peut pas toujours consulter…
Est-ce que cela a permis une réduction de la violence, une diminution du narcotrafic ?
Tout comme Hugo Idrovo, André Arauz explique que la base militaire américaine est loin de s’installer pour combattre le narcotrafic. Mais elle répond aux « intérêts sales » des USA, en préparation à une future troisième guerre mondiale, comme stratégie de contrôle de la zone du Pacifique, contre les influences ennemies, russes et chinoises ou des pays non alignés. Il compare l’actualité aux expériences douloureuses du passé, lorsque la base militaire de Baltra (ou île de Seymour Sud) avait servi les intérêts géostratégiques américains pendant la deuxième guerre mondiale.
Les prochaines élections présidentielles en février 2025 pourront-elles avoir encore un impact sur ce déploiement militaire américain impressionnant en territoire souverain équatorien
[1] Washington a dû abandonner en 1999 le contrôle direct du Canal de Panama.
[3] Daniel Noboa est au gouvernement équatorien depuis le 23 novembre 2023, élu dans un contexte de crise politique aigue. En effet, l’ex-président Guillermo Lasso , accusé d’entretenir des liens étroits avec la mafia albanaise, avait ordonné la dissolution du parlement , par le décret dit « de la mort croisée », et convoqué la population équatorienne à de nouvelles élections anticipées extraordinaires
[4] Selon La doctrine Monroe, l’Amérique ( du Nord et du Sud) est aux américains ( du Nord) » . Cette doctrine condamne toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » ( du Nord et du Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes. Elle porte le nom du cinquième président des États-Unis, James Monroe (1817–1825). Du XIXe jusqu’au début du XXe siècle, elle inspire la politique étrangère des États-Unis. La doctrine Monroe est aussi utilisée par les dirigeants des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace (surtout l’URSS pendant les différents présidents américains de la guerre froide mais aussi, en particulier sous Donald Trump, la Chine). https://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Monroe
[7] QU’EST-CE QU’UN SOFA ? Les SOFA sont des accords multilatéraux ou bilatéraux qui établissent le cadre dans lequel le personnel militaire américain opère dans un pays étranger et comment les lois nationales de la juridiction étrangère s’appliquent au personnel américain dans ce pays, selon l’Académie de l’armée de l’air
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