Lausanne : Forum pour la justice sociale et climatique du 14 au 16 mars 2025

21 février par Aline Andrey , L’évènement syndical


En mars, la coalition Stop-Pillage organise un contre-sommet, avant le grand raout des négociants en matières premières à Lausanne.



Dénoncer la captation des richesses du Sud par le Nord, ainsi que ses conséquences humaines et environnementales désastreuses. C’est le but du forum qui aura lieu du 14 au 16 mars à Lausanne, organisé par la coalition Stop-Pillage*. Descendante du Collectif contre la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur les matières premières créé en 2012, la coalition s’érige ainsi « contre l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. et l’impérialisme mortifère ». Face à elle, quelque 450 négociants et financiers du secteur des matières premières se réuniront à l’Hôtel Beau-Rivage à Lausanne, une dizaine de jours plus tard, à l’invitation du Financial Times.

Depuis une douzaine d’années, le FT Commodities Global Summit rassemble des dirigeants de sociétés de négoce, de métaux, de produits agricoles, de minerais ou encore de pétrole, telles que Trafigura, Gunvor, Glencore, Vitol, Cargill... Autant de multinationales régulièrement dénoncées pour leurs violations des droits humains et environnementaux.

 La Suisse, plateforme tournante

Stop-Pillage rappelle ainsi simplement « que le confort de quelques-uns ne peut pas continuer à être bâti sur la destruction des autres » : « Du téléphone à la brosse à dents électrique, en passant par les vélos et des produits du quotidien comme le café ou le sucre, une grande partie de ce que nous consommons provient de matières premières issues du Sud Global. Ces ressources sont extraites ou cultivées dans des conditions inhumaines, alimentant des chaînes d’approvisionnement qui appauvrissent les populations locales tout en détruisant leurs écosystèmes. » La coalition dénonce aussi l’impact de la transition énergétique dite « verte », qui exige toujours plus de ressources. L’extraction du lithium, indispensable aux batteries des voitures électriques, nécessite des quantités d’eau astronomiques, détruit des écosystèmes et menace des populations déjà frappées par la sécheresse.

Stop-Pillage s’insurge également contre « la complicité active des autorités suisses qui offrent aux multinationales un paradis fiscal Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
, une faible régulation et une opacité propice à l’exploitation ». Ses revendications : la fin de l’extractivisme, symbole du capitalisme racial ; le démantèlement des géants suisses du trading Activités de marché
Trading
opération d’achat et de vente de produits financiers (actions, futures, produits dérivés, options, warrants, etc.) réalisée dans l’espoir d’en tirer un profit à court terme
et du paradis fiscal helvétique ; la reconnaissance du droit des peuples à disposer de leurs ressources ; et un modèle économique fondé sur la justice sociale et climatique.

*Les organisations membres de Stop-Pillage : Attac Suisse, CETIM, Collectif Sud Global, Ensemble à Gauche (Solidarité & Ecologie, solidaritéS Vaud, Décroissance alternative), Comité pour l’annulation des dettes illégitimes (CADTM), Debt for Climate Switzerland.

Avec le soutien des Jeunes POP, du Collectif Afro-Swiss, de Contre-Attaque et Autonomie, du Collectif Kiboko, d’E-Changer, de Grondement des terres, du POP Lausanne.

Plus d’informations : https://stop-pillage.ch

« Tropical Utopia »

Pour soutenir l’organisation du contre-sommet, Solidarité & Ecologie organise la projection de Tropical Utopia, de João Amorim, vendredi 28 février, à 18h30, à Sport 5 à Yverdon-les-Bains (av. des Sports 5). Ce documentaire, au travers des regards de Noam Chomsky et de l’ancien ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, plonge dans la corruption et la manipulation médiatique visant à discréditer le rêve d’une Amérique latine plus juste et pluraliste.

 Un contre-sommet pour un autre monde

Pendant trois jours, de nombreuses conférences et ateliers seront au programme du forum organisé par Stop-Pillage, au centre socioculturel Pôle Sud à Lausanne (av. Jean-Jacques Mercier 3).

Le vendredi 14 mars à 20h, deux historiens, Sandra Bott et Bernhard Schär, introduiront la rencontre avec une présentation intitulée « Connaître son passé : la Suisse, le colonialisme et l’impérialisme ».

Le samedi 15 mars dès 10h, « La Suisse, paradis des traders Trader
Traders
Le terme « trader » est d’origine anglo-saxonne. Il signifie littéralement « opérateur de marché ». C’est un opérateur spécialisé qui achète et vend des valeurs mobilières (actions, obligations, produits dérivés, options…), des devises, pour le compte d’un tiers (OPCVM, entreprise, personne, institutionnels…), ou pour l’établissement qu’il représente en tentant de dégager des profits.
 » sera le thème présenté par l’historien et militant de gauche Sébastien Guex et l’enquêteur à Public Eye Adrià Budry Carbó. Deux ateliers auront lieu l’après-midi. L’un sur l’extractivisme en Amérique latine, avec Juan Pablo Gutierrez, délégué du peuple yukpa. L’autre sur la présentation des différentes investigations sur les multinationales présentes au FT Commodities Global Summit. Ensuite, la souveraineté alimentaire et les luttes pour la réforme agraire seront thématisées par Milena Polini, du Mouvement des sans-terre au Brésil, ainsi qu’Emmanuelle Carton du Comité pour l’annulation des dettes illégitimes (CADTM). Cette organisation sera représentée le lendemain, le dimanche 15 mars à 10h, par Eric Toussaint qui reviendra sur les dettes illégitimes avec Gabriella Lima, militante d’Ensemble à Gauche et de Debtforclimate. A 13h, deux ateliers seront proposés : contre l’extractivisme en RDC, avec David Kithoko, représentant des associations françaises Génération Lumière, No Congo No Phone, Team Congo ; et contre les multinationales, avec la Coalition suisse contre Glencore. Enfin à 15h, Mona Dennaoui de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) et Joseph Daher, militant d’Ensemble à Gauche, reviendront sur le génocide en Palestine et le financement de la guerre.