11 mars par Stella Marzullo
Source : Claude Monet (French, 1840–1926), Art Institute Chicago, CC, https://www.artic.edu/artworks/16584/houses-of-parliament-london
La Banque mondiale et le Fonds monétaire international se sont imposés - depuis leur création en 1944 sous l’égide des États-Unis - comme principaux agents du « développement ». Or, loin de s’en tenir aux grandes vérités énoncées par ces institutions financières (croissance, satisfaction des besoins essentiels, etc.), la notion de développement doit être restituée dans toute sa grisaille. Et la grisaille du développement, c’est qu’il renvoie au maintien de la structure inégalitaire des relations Nord-Sud, notamment via l’imposition d’un régime libéral sur le plan commercial.
Développement. Chargé d’une connotation normative, ce terme évoque l’existence d’une situation inadéquate à laquelle il faut remédier impérativement. S’il existe un consensus tacite autour du caractère urgent du développement, il n’en va pas de même quant à sa définition concrète. Pour ne s’en tenir qu’au discours économique, le développement a notamment été associé à l’industrialisation, au plein-emploi ou encore à « l’élargissement des choix offerts à chacune et à chacun » (PNUD
PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
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2015, 1). Il y a donc un « problème » à résoudre, mais les opinions divergent - dans la synchronie et dans la diachronie - quant à la façon de le poser et d’y répondre.
Face à ces usages distincts, Ariffin (1997) propose de lier cette notion polymorphe à la question plus générale de l’« art de gouverner ». De son point de vue, cette assimilation présente trois avantages. D’abord, celle d’une certaine neutralité épistémique : penser le développement comme un art de gouverner permet d’incorporer l’ensemble des sens courants qu’il recouvre sans adhérer arbitrairement à l’un d’eux. Ensuite, le substantif « art » permet d’étudier cet objet en gardant à l’esprit l’imbrication entre savoir et pratique qui se joue en son sein : le développement est un savoir-faire, « un savoir prescriptif qui vise à appliquer la raison à la tâche de changer des choses et non simplement à les comprendre » (ibid., 136). Finalement, la définition adoptée ci-contre intègre également la dimension étatique : l’aménagement du devenir de sociétés supposées être dans une situation insatisfaisante ne peut être envisagé en l’absence de la médiation d’une institution politique.
En ce sens, le développement - pratique discursive spécifique, à l’intersection entre l’idée et la pratique - renvoie donc à une façon de gouverner qui a pour agent une/des institutions (inter-)gouvernementales, pour objet une population spécifique et pour objectif abstrait de « changer les choses en bien » (ibid., 138), soit de veiller à la vie des individus dans le sens le plus étendu du terme (vie biologique, politique, économique et sociale).
Sur la base de cette définition, deux principaux agents du développement peuvent être identifiés au sortir de la seconde guerre mondiale, à savoir le Fond monétaire international (FMI
FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.
À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).
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) et la Banque mondiale
Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.
En 2022, 189 pays en sont membres.
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(BM). Suite aux décolonisations en cascade, les politiques élaborées et mises en œuvre par ces institutions financières ont ciblé en priorité les pays nouvellement indépendants. Quant aux objectifs poursuivis par ces politiques, ils ont évolué en fonction des circonstances historiques, des intérêts économiques et des impulsions politiques.
Cependant, la situation peut schématiquement être résumée comme suit : de 1945 jusqu’aux années 1960, c’est la doctrine de la croissance économique qui prévaut ; à partir des années 1970, la doctrine des besoins essentiels se substitue à celle-ci et ce, avant l’entrée dans l’ère des politiques d’ajustement structurels qui commence dans les années 1980 et perdure jusqu’à ce jour, avec, dans les années 1990, l’idée d’un « développement durable » qui s’intègre également progressivement aux doctrines de ces agences multilatérales.
En examinant de façon détaillée la thèse structuraliste de l’échange inégal élaborée dans les années 1950 et en revenant sur la création la CNUCED
Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT. Depuis les années 1980, elle est progressivement rentrée dans le rang en se conformant de plus en plus à l’orientation dominante dans des institutions comme la Banque mondiale et le FMI.
Site web : http://www.unctad.org
en 1964, de même que sur l’essor de la doctrine de la dépendance dans les années 1970, cet article cherche à retracer le basculement de la doctrine de la « croissance économique » adoptée par les institutions de Bretton Woods à celle dites des « besoins essentiels ». Basculement qui, on le verra, marque le contournement stratégique de la réclamation d’un Nouvel ordre économique international (NOEI) formulée par les pays du Sud global en 1974.
Dans le contexte de l’éclatement des empires coloniaux en Afrique et en Asie amorcé durant la seconde guerre mondiale et dans celui de la guerre froide qui lui succède, les administrations soviétiques et américaines participent à l’étatisation des anciennes colonies dans le but évident de s’y implanter militairement, culturellement et économiquement. L’instauration d’un communisme d’État dans ces anciennes colonies représente alors un grave danger aux yeux des gouvernants des pays capitalistes, car notamment synonyme d’une réduction d’accès aux marchés et aux matières premières.
À cet égard, il n’est pas étonnant que l’ « absence d’épargne » des populations nouvellement indépendantes ait été jugée problématique par les institutions de Bretton Woods dès leur instauration sous l’égide des États-Unis en 1944. Du point de vue de ces agences multilatérales, et en particulier de la Banque mondiale, les pays dits en développement se trouvent dans une situation de cercle vicieux de la pauvreté, car la majorité de leur population travaille dans le secteur de l’agriculture de subsistance. Or, celui-ci ne suffit pas à dégager une épargne interne susceptible d’être investi dans l’achat d’équipements collectifs permettant de lancer le processus de croissance.
Sur la base de ce « constat », les recommandations proposées en matière de développement par ces institutions financières sont de deux ordres. La première renvoie à la théorie de la croissance économique - des « grandes poussées » de Rosenstein-Rodan (1943) au modèle dualiste de Lewis (1954) et aux « décollages » de Rostow (1960) - qui, en se fondant sur un certains nombres de présupposées mercantilistes, préconise que des institutions internationales comme la Banque mondiale supplée à ce manque d’épargne en mobilisant l’épargne internationale afin qu’elle soit investit dans la construction d’équipements collectifs dans les pays du Sud global, signant dans le même mouvement l’entrée de ces derniers dans un cycle d’endettement continue.
La seconde s’appuie sur la théorie libérale des avantages comparatifs de Ricardo (1817) et préconise aux pays « en développement » de se spécialiser dans l’extraction de matières premières - biens demandés par les pays du Nord - afin de les échanger contre des biens industriels qui leur font défaut et d’obtenir un revenu qui peut être à son tour investi dans la poursuite de l’édification de la croissance.
Cependant, dès les années 1950, l’analyse structuraliste du développement focalise sa critique sur cette doctrine libérale et les pratiques qu’elles recommandent en matière de commerce international. Raúl Prebisch (1950) - économiste argentin et secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) jusqu’en 1963 - formule notamment avec d’autres la thèse de l’échange inégal. Celle-ci se fonde sur une analyse de la structure de l’offre et de la demande des biens industriels et des matières premières :
— L’offre des biens industriels se caractérise par une main d’œuvre syndiquée et organisée qui veille à ce que l’amélioration de la productivité se traduise par une augmentation des salaires. Cette augmentation est ensuite répercutée par les détenteurs de capitaux sur le prix des produits ; le prix des biens manufacturés tend en conséquence à augmenter dans le temps. Or, la même chose ne vaut pas dans le cas de l’offre des matières premières : avec une main d’œuvre surabondante et désorganisée, prête à travailler pour obtenir un salaire de subsistance, aucune pression concernant une éventuelle augmentation des salaires n’est exercée sur les détenteurs de capitaux ; le prix des biens primaires tend à stagner, voire à baisser en raison de la concurrence.
— Quant à la structure de la demande, les biens manufacturés se distinguent par leur forte élasticité à l’égard d’une diminution de prix ou d’une augmentation de revenu : si le prix d’un bien industriel (un ordinateur) diminue, la demande augmente ; si le revenu d’un individu augmente, sa demande en matière de biens manufacturés risque d’augmenter également. Or, la demande des produits primaires se caractérise, elle, par une faible élasticité à l’égard du prix et du revenu : si le prix d’une matière première (le sel) diminue, la demande n’augmente pas ; si le revenu d’un individu augmente, sa demande en matière de biens primaires tend aussi à rester identique.
Sur la base de cette double observation, la thèse de l’échange inégal soutient que la division internationale du travail entre les pays du Sud global et ceux du Nord profitent essentiellement à ces derniers, car les termes de l’échange entre les biens industriels et les biens primaires ne cessent de se dégrader à long terme en défaveur des pays « en développement ». Les pays du Sud global doivent donc promouvoir une industrialisation par substitution via la mise en place de barrières tarifaires leur permettant de produire ce qu’ils importaient à l’origine. Loin d’être révolutionnaire, l’analyse structuraliste du développement - empreinte de keynésianisme et de nationalisme économique - est une doctrine réformiste.
À sa suite, on note la création de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en 1964. Cette dernière est utilisée comme enceinte par les pays du Sud global - regroupé dans la coalition G77 G77 Le G77 est une émanation du Groupe des pays en voie de développement qui se sont réunis pour préparer la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève en 1964. Le Groupe offre un forum aux PED pour discuter des problèmes économiques et monétaires internationaux. En 2021, le G77 regroupait plus de 130 pays. - afin de négocier l’instauration d’un système généralisé de préférence, à savoir un système au sein duquel les pays du Nord acceptent que les pays du Sud protègent leurs secteurs industrialisés émergents sans les frapper en retour de représailles commerciales ; la mise en œuvre de politiques protectionnistes étant interdites par les disciplines du GATT GATT Le G77 est une émanation du Groupe des pays en voie de développement qui se sont réunis pour préparer la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève en 1964. Le Groupe offre un forum aux PED pour discuter des problèmes économiques et monétaires internationaux. En 2021, le G77 regroupait plus de 130 pays. fondées sur les clauses de la nation la plus favorisée et du traitement national.
Cependant, succède également à la thèse de l’échange inégal l’essor dans les années 1970 de l’école de la dépendance - avec en-tête de fil des théoriciens comme André Gunder Frank (1969), Fernando-Henrique Cardoso et Enzo Faletto (1978) et Samir Amin (1986) - dont les analyses consistent en une radicalisation de celles formulée dans le cadre de l’école structuraliste, avec des explications en filiation plus directe avec le marxisme.
Ainsi, lorsque les pays du Sud global décident d’utiliser leur nombre au sein de l’assemblée générale des Nations unies en vue d’aboutir en mai 1974 à une résolution qui réclame l’avènement d’un Nouvel ordre économique international (NOEI), celle-ci est entre autres nourris par les analyses structuralistes, l’instauration de la CNUCED, les théories de l’école de la dépendance, mais aussi par le 1er choc pétrolier provoqué en 1973 par un groupe de pays arabes membres de l’OPEP
OPEP
Organisation des pays exportateurs de pétrole
En anglais, OPEC : Organization of the Petroleum Exporting Countries
En 2020, l’OPEP regroupe 13 pays producteurs de pétrole : Algérie, Angola, Arabie saoudite, Congo, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Irak, Iran, Koweït, Libye, Nigeria, Venezuela. Ces 13 pays représentent 40 % de la production de pétrole dans le monde et possèdent plus de 79 % des réserves connues. Créée en septembre 1960 et basée à Vienne (Autriche), l’OPEP est chargée de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses membres, dans le but de leur garantir des revenus stables. À cette fin, la production obéit en principe à un système de quota. Chaque pays, représenté par son ministre de l’Énergie et du Pétrole, se charge à tour de rôle de la gestion de l’organisation.
Afin de limiter leur production, l’OPEP est à l’initiative de la création de l’OPEP+, réunissant 10 autres pays producteurs dont 7 PED : Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, Kazakhstan, Malaisie, Mexique, Oman, Russie, Soudan et Soudan du Sud.
Site : www.opec.org
afin non seulement de de faire prendre conscience aux pays industrialisés de la rémunération trop faible des matières premières, mais également de les punir pour leur soutien à Israël dans le cadre de la guerre du Kippour.
La résolution concernant la réclamation d’un NOEI propose un certain nombre de solutions recommandés par la CNUCED, à savoir l’application et l’élargissement du système généralisé de préférence, l’accroissement et la diversification des importations en provenance des pays « en développement », la reconnaissance de la souveraineté permanente et intégrale de chaque État sur ses ressources naturelles et ses activités économiques, et la nécessité de réformer la BM et le FMI afin que ces institutions reflètent mieux les intérêts des pays du Sud global, en commençant par leur accorder un nombre de voix plus conséquent.
En s’appuyant sur les analyses structuralistes et sur celles de l’école de la dépendance, le texte impute également la cause du « sous-développement » des pays du Sud global à une cause exogène, à savoir le caractère historiquement inégalitaire des relations Nord-Sud : les pays industrialisés ont exercé sur les pays colonisés leur dominion en orientant leur économie en fonction de leurs besoins et ces derniers ont continué à voir le fossé s’élargir après leur indépendance en raison des structures internationales existantes fondées sur la doctrine du libéralisme, notamment en matière de commerce international. Cette résolution ne manque pas de créer des remous sur la scène internationale dans le contexte de l’émergence d’un monde tripolaire (avec la coalition de pays exportateurs de pétrole) et non plus seulement bipolaire (États-Unis vs URSS).
Cependant, pour contourner la critique du NOEI, Robert McNamara - président de la Banque Mondiale jusqu’en 1981 - reconnaît stratégiquement en 1973 une « faiblesse » de la doctrine de la croissance économique : cette dernière suppose un « effet de ruissellement » sur les populations les plus pauvres qui ne s’effectuerait pas en raison d’élites prédatrices. Dans cette perspective, la cause du sous-développement n’est plus exogène, mais liée à une mauvaise gouvernance interne à laquelle il faut remédier via des programmes de développement focalisés sur l’amélioration des conditions d’existence des populations les plus marginalisées. C’est le « manque de distribution des fruits de la croissance économique », et non plus l’ « absence d’épargne », qui est désormais jugé insatisfaisant par les institutions de Bretton Woods, et ce, jusqu’à l’entrée dans l’ère des politiques d’ajustement structurel dans les années 1980.
À cet égard, loin de s’en tenir aux grandes vérités énoncées par les agents du développement (croissance, satisfaction des besoins essentiels), il convient donc de restituer la notion de développement dans toute sa grisaille. Et la grisaille du développement, c’est qu’il renvoie au maintien de la structure inégalitaire des relations Nord-Sud, notamment via l’imposition d’un régime libéral sur le plan commercial.
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Ariffin, Y. (1997), « O pudenda Origo ! Contribution à une généalogie du développement comme discours normatif, économique et politique », In L’Ethique de l’espace politique mondial, Bruylant.
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Frank, A.G. (1969), Le développement du sous-développement, L’Amérique latine. Maspéro.
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Toussaint, E. (2011), « Le blocage du développement du « Tiers Monde » : éléments d’explication ». CADTM. https://www.cadtm.org/Le-blocage-du-developpement-du-Tiers-Monde-elements-d-explication
Toussaint, E. (2024), « Les mensonges théoriques de la Banque mondiale », CADTM. https://www.cadtm.org/Les-mensonges-theoriques-de-la-Banque-mondiale.
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