8 mars : Solidarité avec les femmes de Gaza, de la RDC et du monde entier

7 mars par CADTM International


Source : Romain Guy, CC, Flickr, https://flic.kr/p/5PL7hy

En cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le CADTM réaffirme son engagement aux côtés des mouvements féministes qui, partout dans le monde, se battent contre les oppressions systémiques : capitalisme patriarcal, exploitation néocoloniale, et violences militarisées.



 Les dettes illégitimes pèsent d’abord sur les femmes

Les politiques d’austérité imposées au nom du remboursement de dettes illégitimes frappent en premier lieu les femmes*, qui au sein de nos sociétés sont surreprésentées dans les secteurs précaires et invisibilisés. Privatisation des services publics, destruction des systèmes de santé, démantèlement des protections sociales : les conséquences sont dramatiques pour les femmes (ainsi que pour les groupes les plus vulnérables de la population), qui compensent l’absence de nos États. Dans tous les pays, des Sud comme du Nord, les logiques de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et de profit s’appuient sur l’exploitation du travail gratuit ou sous-payé des femmes.
Les femmes des Suds paient le prix fort !

Dans un contexte mondial marqué par l’aggravation des crises écologiques, économiques et sociales, les femmes des Suds paient le prix fort de l’endettement illégitime de leurs États. L’endettement alimente des politiques néolibérales imposées par les institutions financières internationales (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus de détails.
, Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

Cliquez pour plus de détails.
), qui démantèlent les services publics et privatisent les biens publics.

Que ce soit en Afrique, en Amérique latine ou en Asie, ce sont elles qui compensent, par un travail invisible et non rémunéré, la destruction des systèmes de santé, d’éducation, d’accès à l’eau et à la terre. Ces violences, loin d’être isolées, s’entrelacent et s’inscrivent dans un système global de domination où patriarcat, racisme, capitalisme et colonialisme s’alimentent mutuellement.
Rappelons qu’en Belgique, il est estimé que 70 000 à 80 000 femmes sans papiers travaillent dans le secteur domestique (selon la Ligue des travailleuses domestiques). Ces milliers de femmes, privées de droits et exploitées répondent en Belgique à une pénurie de services dédiés à l’enfance et aux personnes dépendantes, un secteur abandonné par l’État belge. Transférer ce travail de care Care Le concept de « care work » (travail de soin) fait référence à un ensemble de pratiques matérielles et psychologiques destinées à apporter une réponse concrète aux besoins des autres et d’une communauté (dont des écosystèmes). On préfère le concept de care à celui de travail « domestique » ou de « reproduction » car il intègre les dimensions émotionnelles et psychologiques (charge mentale, affection, soutien), et il ne se limite pas aux aspects « privés » et gratuit en englobant également les activités rémunérées nécessaires à la reproduction de la vie humaine. essentiel à des travailleurs.es sans papiers, invisibilisées et mal payées constitue un des symptômes de nos sociétés libérales, qui exploitent les populations les plus vulnérables et dévalorise le travail des femmes au profit des plus riches.

 Gaza : les femmes face à la guerre et à la destruction

À Gaza, les femmes palestiniennes subissent dans l’indifférence une violence inouïe, combinant occupation coloniale, bombardements incessants, déplacements forcés et privation de soins élémentaires. Elles font face à l’assassinat de leurs enfants, la destruction de leurs foyers, de leurs écoles, de leurs hôpitaux. Elles doivent survivre dans des conditions où l’accès à l’eau, à la nourriture, aux médicaments est rendu quasiment impossible. Le CADTM dénonce un génocide en cours et la violence coloniale sioniste, soutenus par les puissances occidentales. Le CADTM exprime sa solidarité inconditionnelle avec les femmes de Palestine et le peuple palestinien qui résistent. Selon les données disponibles, les femmes et les enfants représentent une part significative des victimes dans la bande de Gaza. L’ONU a indiqué que, d’octobre 2023 à octobre 2024, les femmes et les enfants constituaient « près de 70 % » des décès à Gaza. Par ailleurs, Oxfam a rapporté que plus de femmes et d’enfants ont été tuées par l’armée israélienne en un an de guerre à Gaza que durant toute autre période équivalente au cours des vingt dernières années.

 RDC : l’exploitation des ressources s’accompagne de violences extrêmes contre les femmes

En République Démocratique du Congo, le corps des femmes est en première ligne face aux violences. Dans les zones minières, où l’exploitation du cobalt, du coltan et d’autres minerais alimente les chaînes d’approvisionnement mondiales, elles subissent violences sexuelles, mutilations et déplacements forcés. Le CADTM rappelle que l’extraction prédatrice des ressources congolaises est intimement liée au système de la dette, utilisé comme un outil de domination qui soumet le pays à une dépendance structurelle.

Dans l’Est du pays, notamment au Kivu, les violences perpétrées par les groupes armés comme le M23, soutenus par des intérêts régionaux et internationaux, s’inscrivent dans une logique néocoloniale d’exploitation des richesses du sous-sol congolais (parmi d’autres facteurs interdépendants). Les violences sexuelles, utilisées comme instrument de contrôle et de soumission des femmes, tout comme les déplacements forcés, ne peuvent être réduites à de simples manifestations de violence individuelle ou à des conséquences directes des conflits armés. Elles s’inscrivent dans un système global où les logiques économiques extractivistes et les rapports de pouvoir jouent un rôle central dans la perpétuation de ces violences contre les femmes.

Le CADTM dénonce la complicité des créanciers internationaux et des multinationales dans la perpétuation de ces violences. L’endettement illégitime de la RDC depuis des décennies, n’a servi qu’à priver les populations d’infrastructures, et en particulier les femmes, de leurs droits fondamentaux d’accès à la santé, à l’éducation et à la sécurité.

 Luttons pour un monde libéré de la dette, du patriarcat et du colonialisme

Face à ces violences systémiques, le 8 mars est pour nous une journée de lutte internationale pour une transformation radicale de nos sociétés et pour construire une résistance collective au modèle dominant. Nous considérons que les luttes des femmes sont indissociables de la lutte contre le capitalisme, contre les dettes illégitimes et pour la justice sociale, écologique et féministe.
Le CADTM appelle à la solidarité internationale avec les femmes de Palestine, de la RDC et de toutes les régions du monde où les violences patriarcales, racistes et économiques pèsent sur nos vies. Nous réaffirmons que l’annulation des dettes illégitimes, la fin des politiques d’austérité, la souveraineté économique et l’autodétermination des peuples sont des conditions indispensables pour un avenir féministe, juste et libéré, du Nord aux Suds.
Le 8 mars, faisons grève, descendons dans la rue pour un monde sans dettes, sans exploitation et sans guerre !

*Lorsque nous faisons référence aux femmes, il s’agit de toute personne identifiée et/ou s’identifiant comme femme.


Autres articles en français de CADTM International (125)

Traduction(s)